<BGSOUND SRC="http://www.sylviaganancia.com/SOUND1.WAV">

En extrême orient, une partie de la vie philosophique s'appuie sur le symbole
du lotus, parce qu'il prend racines dans la glaise et tourne sa fleur vers
le ciel.
Cette image vient également à l'esprit en contemplant les sculptures
de Sylvia Ganancia Bennaïm.
Elles possedent à la fois la gravité, le poids noble de la
terre et cette fragilité transparente de dentelle suspendue dans les airs.
Le même matériau prend tour à tour l'aspect de la chair, de la pierre, de
l'étoffe, d'un écrit, devient lisse et rugueux, lourd et léger, brut et raffiné,
avec un naturel et une continuité déconcertante.
Dans des positions alanguies, assoupies ou d'errance, des personnages aux
yeux clos sont entourés d'un bruissement de dentelles qui impriment leurs
corps pendant que leurs visages impriment les tissus.
Jeux incessants des passages de matières, comme liés en un questionnement premier sur le rapport à la terre, au lieu duquel on s'extirpe.
En Hebreu, l'homme et la terre portent le même nom: ADAM et ADAMA.
Aussi les textes hébraïques accompagnent-ils ces personnages, contrepoints
d'une référence, sens grâvé dans la matière...
C'est avec profondeur, sensibilité et grâce que Sylvia Bennaïm met en scène
ces espaces de murmures, de demi-sommeil, de maternités, d'apparitions
semblant tirer avec délicatesse vers les airs toutes les pesanteurs matérielles,
en amenant le corps à être une transition entre la terre et le ciel...

Alain KLEINMANN.
Novembre 1989